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Cartes & paiements

Faillite banque en ligne : qui vous rembourse, et quand

Faillite d'une banque en ligne ou d'une néobanque : délai de 7 jours ouvrables, fonds compétent, précédents belges et réflexes pour être remboursé vite.

ParMaxime10 min de lecture

Si votre banque en ligne fait faillite, un fonds de garantie doit vous rembourser jusqu'à 100 000 € en 7 jours ouvrables. Ce fonds n'est pas forcément belge, ce délai n'existe que depuis 2024, et il ne s'applique pas du tout aux établissements de monnaie électronique. J'ai repris les faillites qui ont touché des déposants belges pour voir comment ça s'est passé en vrai.

Sept jours ouvrables, et un compte ailleurs

La règle tient en une ligne de la directive 2014/49/UE : quand une banque agréée ne peut plus rendre l'argent de ses clients, le système de garantie des dépôts rembourse chaque déposant jusqu'à 100 000 €, et ce dans un délai ramené à 7 jours ouvrables depuis 2024. En 2023, il était encore de 10 jours ouvrables.

Sept jours ouvrables, ce n'est pas une semaine. Une défaillance constatée un vendredi donne un remboursement au plus tard le mardi de la deuxième semaine, onze jours calendrier plus tard, et davantage s'il tombe un jour férié au milieu.

Le second point est pratique, et presque personne n'y pense. Le fonds vous paie sur un compte. Lors de la faillite d'Optima Bank, le Fonds de garantie belge demandait aux déposants un numéro de compte « valable dans une autre banque », à encoder dans MyMinfin, rubrique Mon patrimoine.

Une banque en ligne peut-elle faire faillite ?

Oui. Ni plus ni moins qu'une banque à agences : le statut juridique est le même, l'absence de guichet ne change rien au risque.

J'ai rassemblé six défaillances qui disent quelque chose à un client belge d'aujourd'hui. Trois concernent des banques, trois des établissements qui n'en sont pas, et ce mélange est voulu : les deux histoires ne se terminent pas de la même façon.

DateÉtablissementStatutÉvénementAccès des clients à leur argent
Octobre 2008Kaupthing Bank Luxembourg, succursale belgeBanqueFaillite de la maison mère islandaise, comptes gelésEnviron neuf mois : comptes libérés le 16 juillet 2009
Novembre 2011Snoras, LituanieBanqueNationalisation puis failliteIndemnisation par le fonds lituanien, financée par un prêt de l'État
Juin 2016Optima Bank, BelgiqueBanqueDéfaut constaté le 9 juin 2016Fonds de garantie belge, demande via MyMinfin jusqu'au 9 juin 2017
Août 2019Ipagoo, Royaume-UniÉtablissement de monnaie électroniqueAdministration le 1er août 2019Fonds cantonnés rendus par les administrateurs, sans garantie des dépôts
Juin 2020Wirecard Card Solutions, Royaume-UniÉtablissement de monnaie électroniqueActivité suspendue par le régulateur après la faillite de WirecardRestrictions levées le 29 juin 2020, après quelques jours de cartes bloquées
Avril 2024Synapse, États-UnisIntermédiaire technique, pas une banqueFaillite le 22 avril 2024Environ 158,6 millions de dollars encore dus aux clients finaux en juillet 2024, avec un manque estimé entre 65 et 95 millions

Sources : VRT NWS (16 juillet 2009), Banque de Lituanie (25 novembre 2011), SPF Finances (2016), FCA (2 août 2019), FinTech Futures (30 juin 2020), TechCrunch (22 août 2024). Tableau établi le 12 octobre 2026.

Carte de paiement posée sur un bureau sombre à côté d'un smartphone affichant une application bancaire
Banque agréée ou établissement de monnaie électronique : la faillite ne se termine pas de la même façon.

Kaupthing, 2008 : neuf mois pour 20 000 clients belges

L'histoire la plus instructive pour un lecteur belge n'est pas celle d'une néobanque, mais elle en a toute la mécanique.

Kaupthing Bank Luxembourg avait une succursale en Belgique, qui collectait l'épargne de particuliers belges. En octobre 2008, la maison mère islandaise s'effondre. Environ 20 000 clients belges voient entre 500 et 550 millions d'euros gelés du jour au lendemain, selon la VRT. Leurs dépôts relèvent de la garantie luxembourgeoise, puisque la banque est agréée au Luxembourg, et la succursale belge n'y change rien.

Il a fallu une restructuration validée par le régulateur luxembourgeois, une lettre du Premier ministre de l'époque aux clients en décembre 2008 et une reprise des comptes par Crédit Agricole Belgique et Keytrade Bank pour que l'argent soit libéré, le 16 juillet 2009. Neuf mois sans pouvoir toucher à son épargne.

Deux éléments de ce dossier se retrouvent tels quels chez les néobanques actives en Belgique : une licence délivrée dans un autre pays, et une présence belge qui ne déplace pas la garantie. Le délai, lui, a changé. En 2008, la directive de 1994 alors en vigueur laissait encore trois mois aux fonds de garantie, prolongeables. Aujourd'hui, la directive impose 7 jours ouvrables, et c'est précisément cette règle qu'aucune néobanque n'a encore eu à mettre à l'épreuve dans une faillite de grande taille.

Revolut, N26 ou bunq en faillite : quel fonds paie un client belge ?

Le fonds du pays qui a délivré la licence, pas le fonds belge. C'est la conséquence directe du passeport européen.

NéobanqueEntité agrééeFonds de garantiePlafond
RevolutRevolut Bank UAB, LituanieInstitution publique lituanienne d'assurance des dépôts et des investissements, Vilnius100 000 €
N26N26, AllemagneEntschädigungseinrichtung deutscher Banken100 000 €
bunqbunq B.V., Pays-BasSystème néerlandais géré par De Nederlandsche Bank100 000 €
WiseWise Europe SA, BelgiqueAucun : établissement de monnaie électroniquePas de plafond garanti

Fiche d'information de Revolut et page d'aide de N26 consultées le 12 octobre 2026 ; statuts de bunq et de Wise relevés le 23 août 2026 sur leurs mentions légales.

Une nuance mérite qu'on s'y arrête. L'article 14 de la directive prévoit que les clients d'une succursale sont payés par le fonds du pays d'accueil, pour le compte du fonds d'origine, qui avance l'argent et rembourse les frais. Revolut a une succursale en Belgique. Sur le papier, un client rattaché à cette succursale pourrait donc recevoir son remboursement par l'intermédiaire du Fonds de garantie belge, avec de l'argent lituanien.

J'ai relu la fiche d'information de Revolut destinée aux clients belges le 12 octobre 2026 pour vérifier. Elle ne mentionne que le fonds lituanien, avec son adresse à Vilnius et son numéro de téléphone, et ne dit pas un mot d'un relais belge. Revolut distingue par ailleurs, dans sa politique de réclamations, les clients de sa succursale belge et ceux de Revolut Bank UAB. Je ne peux pas vous dire à quelle catégorie appartient votre compte, et la fiche ne le dit pas non plus : c'est une question à poser par écrit au service client, réponse à conserver.

Pour N26, la page d'aide consultée le même jour renvoie au seul fonds allemand, sans aucun relais belge.

L'IBAN belge ne change rien à tout cela. Depuis 2025, Revolut attribue des IBAN commençant par BE à ses nouveaux clients belges, et beaucoup en concluent que leur argent est désormais « en Belgique ». Le préfixe du numéro de compte indique où le compte est tenu, pas quel fonds le garantit. Un IBAN BE chez Revolut reste un dépôt chez Revolut Bank UAB, couvert par Vilnius.

Trade Republic illustre le cas suivant, celui d'une néobanque qui ouvre une succursale. Inscrite au registre de la FSMA comme succursale belge d'un établissement de crédit allemand depuis le 7 juillet 2026, elle relève de la garantie allemande pour les dépôts qu'elle détient elle-même. Sa page d'aide indique pourtant que l'argent des clients est placé sur des comptes fiduciaires auprès de plusieurs banques partenaires, chacune couverte jusqu'à 100 000 € par client. La partie investie en fonds monétaires, elle, n'est pas un dépôt du tout. Une même application peut donc recouvrir trois régimes de protection différents, et c'est ce que je vérifie en premier quand un lecteur me demande si son épargne y est « en sécurité ».

Le fonds lituanien a déjà payé une fois, avec l'aide de l'État

Un fonds de garantie n'a jamais en caisse l'argent qu'il couvre, et c'est normal.

La directive lui demande de détenir au moins 0,8 % des dépôts couverts. Le fonds lituanien indiquait en juillet 2025 atteindre environ 0,96 %, soit moins d'un euro en réserve pour cent euros garantis. Le reste repose sur des financements de secours : contributions exceptionnelles des banques, emprunts, et en dernier ressort l'État.

La Lituanie l'a vécu. Quand Snoras a fait faillite en novembre 2011, la Banque de Lituanie chiffrait les indemnités à environ 4,1 milliards de litas, soit à peu près 1,19 milliard d'euros, pour près de 90 % des déposants remboursés intégralement. Le fonds n'avait pas cette somme : le gouvernement lui a prêté 3,3 milliards de litas, environ 956 millions d'euros, selon le Baltic Times du 6 décembre 2011. Les déposants ont été payés.

Le calendrier mérite d'être regardé de près, parce qu'il montre à quoi ressemble un remboursement de masse. L'événement assuré est daté du 24 novembre 2011. Les premiers versements sont passés par SEB, une banque commerciale désignée comme agent payeur pour la région de Vilnius, d'autres banques se partageant les autres villes. Le premier jour, 1,665 milliard de litas ont été versés, soit environ 40 % du total prévu. La loi lituanienne de l'époque laissait 30 jours ouvrables au fonds, et la plupart des clients ont immédiatement replacé leur indemnité dans une autre banque du pays.

Mon avis, et c'est un avis : ce précédent est plutôt rassurant sur la volonté de payer, et il dit aussi que le délai de 7 jours suppose un État prêt à avancer l'argent très vite. Revolut revendiquait en mars 2026 plus d'un million de clients particuliers en Belgique seulement, selon Forbes Belgique. Snoras comptait un peu plus de 400 000 déposants particuliers : le fonds lituanien n'a jamais eu à indemniser une clientèle de la taille de celle de Revolut.

Établissement de monnaie électronique : pas de fonds, un administrateur

Wise et Vivid ne sont pas des banques, et leurs pages officielles le disent clairement. Leur protection s'appelle le cantonnement : l'argent des clients est séparé de celui de l'entreprise, logé sur des comptes ségrégués ou dans des fonds monétaires. En cas de faillite, il n'entre pas dans la masse des créanciers.

Ipagoo montre ce que ça donne. Le régulateur britannique a annoncé le 2 août 2019 que l'entreprise était passée en administration, en précisant que le fonds de garantie britannique ne couvrait pas la monnaie électronique : les administrateurs devaient d'abord vérifier l'état des fonds cantonnés, puis les rendre « aussi vite que possible ». Aucun délai chiffré.

Wirecard Card Solutions a été le cas inverse, heureux. Le régulateur a suspendu l'activité fin juin 2020, au lendemain de la faillite de la maison mère allemande, puis levé les restrictions le 29 juin. Quelques jours de cartes bloquées chez Curve, Anna ou Pockit, et Revolut a basculé sur d'autres systèmes. Synapse, aux États-Unis, est le cas noir : le cantonnement suppose une comptabilité parfaite, et quand elle manque, l'argent manque aussi.

Chez Wise, l'établissement européen est Wise Europe SA, agréée par la Banque nationale de Belgique comme établissement de monnaie électronique. Vivid, de son côté, explique cantonner la majeure partie des fonds dans un fonds monétaire géré par BNP Paribas Asset Management. Dans les deux cas, le scénario de faillite n'est pas celui d'une banque. Aucun fonds de garantie n'intervient, aucun délai de 7 jours ne court, et la restitution dépend de la qualité des comptes tenus par l'établissement. Pour un solde de dépenses courantes, ce risque est faible ; pour une épargne de plusieurs dizaines de milliers d'euros, il pèse davantage que la différence de frais entre deux applications.

Que faire dès aujourd'hui pour être remboursé vite ?

Pas grand-chose de compliqué, et tout se prépare avant. Les réflexes que j'applique à mes propres comptes :

  • garder un compte dans un autre établissement, sur lequel un fonds pourrait vous verser le remboursement, avec de quoi tenir un mois de dépenses ;
  • relever la dénomination exacte de l'entité dans les conditions générales, pas le nom de l'application ;
  • savoir si votre néobanque est une banque agréée ou un établissement de monnaie électronique, ce qui change tout le scénario ;
  • rester sous 100 000 € par établissement, en comptant ensemble tous les comptes et coffres ouverts chez lui ;
  • exporter un relevé de solde chaque trimestre, pour pouvoir prouver ce que vous déteniez si l'application ne répond plus ;
  • vérifier que vous avez accès à MyMinfin avec itsme ou votre carte d'identité, puisque c'est par là que passe une demande au Fonds de garantie belge.

Le plafond se calcule par déposant et par établissement. Une personne seule qui détient 130 000 € chez Revolut a 30 000 € non couverts. Un couple avec un compte joint de 150 000 € dans la même banque est en principe couvert en entier, chaque cotitulaire comptant pour 75 000 €. Les sommes placées dans des fonds monétaires ou en bourse relèvent d'un autre régime, que nous détaillons dans notre article sur l'établissement de monnaie électronique face à la banque.

Personne consultant le solde de son compte sur une application bancaire

En résumé

Une banque en ligne peut faire faillite comme n'importe quelle banque, et votre argent y est protégé de la même façon : jusqu'à 100 000 € par le fonds de son pays d'agrément, en 7 jours ouvrables depuis 2024, sur un compte que vous aurez ouvert ailleurs. Les clients belges de Kaupthing ont attendu neuf mois en 2008 parce que cette règle n'existait pas encore. Les établissements de monnaie électronique échappent à ce schéma : pas de fonds, un administrateur, et un délai que personne ne peut promettre. Le statut de chaque néobanque est rappelé dans notre article sur la garantie des dépôts des néobanques, et notre comparateur les aligne côte à côte.

Cet article donne une information générale sur la protection des dépôts ; il ne constitue ni un conseil juridique ni un conseil en placement.

Sources : directive 2014/49/UE relative aux systèmes de garantie des dépôts, articles 8 et 14 ; Fonds de garantie pour les services financiers (SPF Finances), communication relative à Optima Bank, 2016 ; Test-Achats, « Banque en faillite : quand récupérer vos avoirs protégés » ; fiche d'information sur l'assurance des dépôts de Revolut Bank UAB (fr-BE) et page d'aide N26 sur la protection des dépôts, consultées le 12 octobre 2026 ; VRT NWS, 16 juillet 2009 ; CSSF, restructuration de Kaupthing Bank Luxembourg, juillet 2009 ; Banque de Lituanie, 25 novembre 2011 ; The Baltic Times, 6 décembre 2011 ; Indėlių ir investicijų draudimas, 25 juillet 2025 ; FCA, 2 août 2019 ; FinTech Futures, 30 juin 2020 ; TechCrunch, 22 août 2024 ; Forbes Belgique, 18 mars 2026.

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Questions fréquentes

Si c'est une banque agréée (Revolut, N26, bunq), le fonds de garantie de son pays d'agrément vous rembourse jusqu'à 100 000 € dans un délai de 7 jours ouvrables. Si c'est un établissement de monnaie électronique (Wise, Vivid), les fonds cantonnés vous sont restitués par l'administrateur de la faillite, sans plafond garanti ni délai légal.

Comme toute banque, oui. Revolut Bank UAB est agréée en Lituanie : ses dépôts sont couverts par l'institution publique lituanienne d'assurance des dépôts, jusqu'à 100 000 € par déposant et en 7 jours ouvrables selon la fiche d'information de Revolut consultée le 12 octobre 2026.

Pas avec son propre argent. La directive prévoit que le fonds du pays d'accueil paie les clients d'une succursale pour le compte du fonds d'origine, qui avance les sommes. Pour une néobanque sans succursale en Belgique, c'est le fonds étranger qui paie directement.

C'est fortement conseillé. En 2016, les déposants d'Optima Bank devaient communiquer un numéro de compte ouvert dans une autre banque pour recevoir leur remboursement. Sans ce compte, l'argent reste en attente pendant la démarche.

Maxime suit le secteur des néobanques et de la fintech belge depuis près de dix ans. Ancien conseiller en agence devenu analyste indépendant, il ouvre et teste lui-même les comptes qu’il compare, décortique les grilles tarifaires ligne par ligne et traque les frais cachés derrière les offres « gratuites ». Son objectif : aider les Belges à payer moins et choisir une banque qui colle vraiment à leur usage, sans jargon ni argument commercial.

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